Le billet de François – Identité numérique, l’écueil du 21e siècle

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Je m’éloigne un peu de Google aujourd’hui pour prolonger mon billet de la semaine dernière sur les joies et les dangers du compte unique servant à accéder à tous les services du groupe californien. C’est en entendant la nouvelle du durcissement de l’application du RGPD sur le web (zéro cookie avant un clic d’opt-in) et tout le bazar médiatico-politique autour des données privées que m’est venu cette réflexion : ce sont des réactions assimilables à l’utilisation d’un bloc opératoire pour soigner une écharde tout en négligeant le saignement à la tête. 

Alors ok, la science informatique est toute jeune. Alors ok, au départ, quand il n’y avait rien, il était concevable de faire de l’informatique sans aucune protection. Alors ok, certains ont pris de mauvaises habitudes avec les données privées à des fins commerciales et d’autres avec les droits d’auteurs à des fins totalement anti-commerciales (piratage). Et comme en plus, il y a un manque flagrant d’éducation numérique dans l’ensemble de la population ; mais les autorités nous informent qu’il faudrait que tout le monde apprenne à coder ; creusant encore plus le gouffre culturel, entre ceux qui peuvent et qui savent s’informer pour se protéger, et les autres. Il faut noter que dans ce domaine, il y a beaucoup de gens qui croient savoir. Toujours est-il que le phénomène, l’informatique, s’est immiscé dans tous les domaines de notre vie et qu’il est temps pour une révolution des pratiques. Et à ce niveau les perspectives ne sont pas réjouissantes.

Et pourtant on le sait que dans tout système informatique, l’identification des utilisateurs est primordial, qu’aucune tâche n’est lancée si elle n’a pas un propriétaire. Et les bons systèmes informatiques enregistrent toutes les actions effectuées, et par qui, systématiquement. Cela permet de palier au paradigme qui veut que “la machine ne se trompe jamais” ; elle ne fait qu’exécuter les ordres, bons ou mauvais, de l’homme. La théorie est bien belle, la réalité est tout autre. Et la réalité, dit crument, c’est des failles de sécurité à tous les niveaux : conceptuel, structurel, humain et professionnel. Pour illustrer une faille professionnelle majeure, pensez que la plupart des fonctions d’administrateur système sont inexistantes, sous-payées ou sous-traitées : ce qui rend la corruption très bon marché pour obtenir les identifiants de connexion. 

Dans le paysage actuel du numérique, des pratiques de plus en plus répandues sont données comme des solutions alors qu’à mon sens, elles sont très dangereuses à long terme. L’une d’elle consiste à multiplier la création de comptes, forcement fictifs, dans le but de préserver son anonymat ; c’est un leurre car c’est repérable grâce aux adresses IP et c’est seulement une excuse pour pourrir l’internet d’insanités. Une autre est l’usage de VPN, qui consiste à payer pour fausser son adresse IP apparente, créant de facto un internet à deux vitesse, beaucoup moins sécurisé pour les fournisseurs de services, et peut-être plus anonyme et moins “surveillé” pour les utilisateurs. Ces pratiques de contournement sont autant d’excuses, pour les autorités à renforcer des législations répressives peu subtiles. 

Alors que faire me direz-vous. Je pense qu’à terme les “autorités” seront contraintes de déléguer à un organisme universel la validation de l’identité tant physique que numérique de tous les humains. L’état civil napoléonien a fait son temps. Et il y a de grandes chances que cet organisme universel soit automatisé … Je sais, c’est un peu Orwellien comme vision, mais si ce n’est pas la raison qui nous y mène, ce sera en réaction à l’épouvantable anarchie qui résultera de ne pas y être. Car la civilisation, c’est avant tout la victoire de la raison contre les instincts ; et l’informatique est un levier civilisationnel de toute puissance, ce qui éclaire les réactions négatives à son encontre de certaines élites, confortablement installées dans le 20e siècle qui les a vu naître. D’ailleurs, nos pièces d’identité et passeports ne sont-ils pas déjà numériques ? Pratiquement, l’identification d’un individu lui procure sa citoyenneté, qui est le fondement du contrat qui soutient toute société humaine. C’est pourquoi l’identité numérique est un enjeu considérable si nous voulons transiter sans heurts vers une nouvelle civilisation numérique et bénéfique.

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François

François

Fondateur de l'agence de marketing web Baccon.net et du forum pour Les Usagers De Google En France (ludgef.com)

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